Saint Aubin d’Autrefois…
Avant la révolution, Saint Aubin était une vaste lande à vocation pastorale, parsemé de quelques bouquets d’arbres. Des vignobles étaient exploités par le seigneur du Château Lassalle devenu Villepreux, par les cerfs questaux du domaine de Cujac, propriété du Chapître de Saint André de Bordeaux, par des religieuses du Château Hautegrave, auxquelles ont succédé des armateurs Bordelais, et par des propriétaires privés du domaine Caillavet-Latour, sur la route de Lacanau.
Quelques vignerons et laboureurs cultivaient leur lopin et les autres louaient leurs bras, c’étaient les brassiers . Beaucoup étaient tisserands l’hiver. Ils utilisaient les services du tailleur d’habits de Loustauvieilh. On comptait aussi trois tuileries et un moulin à vent seigneurial. Les habitants vivaient dans des maisons de torchis au milieu de leur bétail. On enregistrait de nombreuses famines et des épidémies telles que typhus, peste noire, diphtérie, aggravées par le manque d’hygiène. On consultait rarement le chirurgien-barbier de Saint-Médard, et la sage-femme qu’on élisait dans l’église n’était pas capable d’enrayer une mortalité infantile effrayante même chez les seigneurs. La population n’atteignait pas 300 habitants.
Après la révolution, la commune s’empara de 3000 hectares de terrains délaissés par M. de Villepreux qui avait émigré, puis l’état força le conseil municipal à céder les terres aux habitants, par lots, pour les mettre en culture et en forêt, suscitant convoitises et protestations. La plupart d’entre eux devaient se convertir en agriculteurs et forestiers alors qu’ils vivaient assez confortablement comme pasteurs. Au milieu du XIX ème siècle, on recensait 3200 brebis, 1600 vaches et 70 juments poulinières. La principale ressource était le fumier qu’on vendait aux maraîchers voisins, qui rapportait plus que les animaux qui le produisaient.
Après la guerre de 39-45, on comptait un peu plus de 500 habitants dont beaucoup d’ouvriers de la Poudrerie, également cultivateurs.
Saint Aubin (468-549) était un homme de prières, de pénitence et d’humilité. Moine dans sa Bretagne natale, il fut élu abbé de son monastère qu’il réforma. Nommé évêque d’Angers contre son gré, il remit de l’ordre dans son diocèse avec la même énergie. Il mourut en grande réputation de sainteté. Notre paroisse se mit sous sa protection vers le VIII ème siècle. Depuis toujours on le fête le 1er Mars.
Notre église romane du XII ème siècle remplace sans doute une église antérieure bâtie sur les ruines et avec les matériaux d’un temple romain. Elle est contemporaine d’Aliénor d’Aquitaine. Derrière l’autel, un sarcophage réputé contenir les restes du Saint, fut l’objet d’un pèlerinage jusqu’à la dernière guerre pour demander grâces et guérisons. Au siècle dernier, on s’avisa que le Saint avait été enseveli à Angers 1300 ans auparavant et que ses cendres avaient été dispersées à la Révolution. Privé de reliques, le pèlerinage devenait sans objet. On plaça donc, sur le sarcophage, une statuette d’évêque et les dévotions continuèrent !
Dans le chœur, à gauche, on remarque la plaque tumulaire de Lancelot de Ferron, Seigneur de Saint Aubin, enseveli au pied de l’autel dans le tombeau de ses ancêtres, près des curés de Saint Aubin, en 1583. Plus de soixante autres notables sont aussi enterrés dans les nefs ou sous le porche Un chapiteau du chœur relate |
Un chapiteau du chœur relate une histoire légendaire non identifiée. Il est flanqué de deux têtes sculptées minuscules. On admire aussi une statuette en pierre de Vierge assise présentant le sein à son fils. Retrouvée par les ouvriers municipaux en 1970, elle servait de moellon dans le soubassement du clocher. Les têtes ont été refaites et la Vierge rendue à la vénération des fidèles. Le retable masque l’abside romane qui mérite votre visite.
Les deux châteaux ont leur histoire. Lassalle, devenu Villepreux, fut d’abord la maison forte des seigneurs de Saint Aubin, refuge des populations en danger. Le château actuel fut construit au XVII ème siècle, et transformé en monastère Trappiste par les moines qui l’occupèrent de 1824 à 1838. Il appartint ensuite aux Langlois, notaires et maires de Saint Aubin pendant plusieurs générations.
Le château Cujac, propriétaires des chanoines de Saint André, fut un centre viticole important. Acheté par un Consul de la bourse de Bordeaux, il devint aussi , par héritage, propriété des Langlois. Il avait été reconstruit en 1767 sur les plans de Victor Louis, architecte du Grand Théâtre de Bordeaux.
Petite commune rurale jusqu’au début des années 60, Saint Aubin se développa très vite avec l’arrivée de la SEREB devenue SNIAS puis AEROSPATIALE. Les premiers bâtisseurs du siècle dernier avaient construit la mairie en 1860, transféré le cimetière qui entourait l’église jusqu’en 1861, construit l’école à deux classes en 1878, réparé l’église détériorée à la Révolution par manque d’entretien avec reconstruction du clocher en 1889.
Les développements récents d’une population qui a décuplé en 30 ans ont contraint nos édiles modernes à changer d’échelle en construisant de nouvelles écoles, en équipant une nouvelle mairie, en créant une agence postale ainsi qu’une vaste infrastructure sportive la ou il n’existait rien.
Souhaitons que Saint Aubin conserve son Âme. |